mercredi, juillet 27, 2005

Le portrait du choc

Le portrait du choc

Dès mon premier jour: le choc.
Il est venu vers moi sans hésitation.
Je ne parle pas arabe.
Je n’y comprends rien.
Je ne connais personne.
Femme. Seule. Non musulmane.
Désorientée.
Je perds mes références, mes moyens.

Dans les lieux publics: des hommes.
Je marche seule dans les rues.
Peu de femmes s’y trouvent.
Ma solitude s’accroît.
Mon anxiété s'exhausse.
Battement de cœur.
Intimidée par la présence masculine.
Angoissée. Fragile. Vulnérable.

Les femmes : voilées.
Bras couverts, jambes couvertes.
Mes cheveux sont montrés.
Les yeux vicieux me fixent.
Je me sens nue.
Complètement dénudée.
Exhibée dans la rue.
Regardée. Dévoilée. Découverte.

La langue du peuple : l’arabe.
Je ne parle aucun mot.
Ni lire, ni écrire.
Impossible de décrypter l’écriture.
Baragouine paraissant illogique.
Mes oreilles renoncent à l’écouter.
Mon autonomie m’échappe.
Je perds mon identité.

Sous mes yeux: des larmes.
Chaudement, ils coulent sur la joue.
Différente à leurs yeux.
Je suis, l’Étrangère.
Une boule pénible loge dans la gorge.
Solitaire. Dépourvue. Isolée.
Mes habitudes se transforment.
Mes ailes ne volent ni libre, ni loin.

Les lois religieuses: l’Islam.
Leur pensée est l’Autre.
Mentalité incompatible.
Croyance divergente.
L’incompréhensible, le désaccord.
Le Coran énigmatique.
Réflexion se perd.
Innocence blessée.
Stabilité se nomme instable.
La lourdeur m’affaiblit.
La solitude m’habite.
Le corps tremble.
Agitation. Perturbation. Déception.
La gravité se perd, le néant naît.
Rien ne bouge, n’avance.
Raisonnement s’absente.
Stagnation. Impuissance.

Respirer l’air de l'inimaginable.
Entendre le chant de l’inconnu.
Découvrir le visage du dépaysement.
Goûter la saveur de l'ignorance.
Je vous dessine le portrait du choc.

2 Comments:

Anonymous Anonyme said...

Sacré choc des civilisations basé sur des fondements religieux : les notres sont transparents voire oubliés, les leurs sont visibles et font parti de la vie quotidienne. Je comprends que tu te sentes étrangère et nue parfois... T'aurais du prendre ton bonnet rose !

Voilà une sacré expérience et un dépaysement total, plus que ce que tu as pu vivre en Europe. Voyager 1000 lieux, c'est lire 1000 livres, là tu en a bien lu 150 d'un coup !

David, le coloc.

8:17 a.m.  
Blogger khaledsulaiman said...

Bonjour
Le portrait du choc n'est qu'une découverte par une manière poètique . mais tu n'a pas vu encore ce qui se cache derière le voile et la présence masculin dans les rus . cela veut dire il y a un autre monde on peut le nomer le monde de violence.
khaled

10:37 p.m.  

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